Ou l’avenir des Systèmes d’Exploitation…
Quel va être l’impact de l’iPhone et de l’iPad sur nos ordinateurs portables ou de bureau ?
Devant le succès de l’iPhone, et devant celui de l’iPad à venir, je m’interroge sur leurs impacts. Non pas sur l’introduction des tablettes, qui correspond bel et bien à un usage « de consommation » comme cela à déjà été très bien écrit, mais sur la modification induite du comportement, et donc des attentes, de nous autres consommateurs.
J’ai eu beau chercher, je n’ai pas trouvé d’article traitant ce point. Or, à mes yeux, ce serait une erreur de considérer que les attentes des utilisateurs, de vous, de moi, ne vont pas s’en trouver modifiées. Et qui dit modification des attentes, dit réponses à ces nouveaux besoins…
Quels enseignements tirer de l’apparition de l’iPhone et de l’iPad ?
Voici brièvement les nouveautés que l’iPhone à introduites et dont nous ne serions nous passer dorénavant (Il est à noter que l’iPad reprend exactement ce modèle):
- Un approche simplifiée, voire simpliste de l’informatique ;
- Un accès à un portail regroupant toutes les applications installables sur son terminal, permettant d’étendre le champ des possibles de celui-ci
- Une approche « client » des services web : accès à ces sites web (je devrais plutôt dire « services ») favoris non pas par le biais du navigateur, mais d’applications clientes dédiées offrant une ergonomie maximale (twitter, facebook, linkedin, sites d’actu, …)
Pour ou contre, Apple est bel est bien arrivé à faire oublier l’équipement, le « hardware » pour nous mettre en relation directe avec le contenu. C’est par ailleurs (mais c’est une autre – et vaste – discussion) là où c’est joué l’échec d’éditeurs comme Microsoft avec son Windows Mobile. Ils ont continué à vouloir nous vendre une technologie, en lieu et place d’une expérience. HP se situe aujourd’hui dans le même scénario avec leur dernière tablette tactile, la Slate, sensée concurrencer l’iPad… (Note à moi-même : écrire un billet sur le prochain flop de la tablette HP Slate !)
Quelles conséquences sur les attendes des utilisateurs d’aujourd’hui et de demain ?
A part nous autres Geeks, quel peut être l’intérêt d’un utilisateur à connaître son système d’exploitation ? Celui-ci est pour 95% des utilisateurs un moyen, et non une fin. Je devrais même parler de « mal nécessaire ». Aujourd’hui, beaucoup de personnes, nous en connaissons plusieurs autour de nous, peinent à se servir de leur ordinateur. Non, un ordinateur n’est pas comme une Télé… Pas encore… Avec les nouveaux usages introduits par l’iPhone, la même « expérience utilisateur » est désormais attendue par tous sur des produits comme les ordinateurs « traditionnels ». En effet, et nous serons tous d’accord sur le sujet, le couple iPhone + iPad n’a pas vocation à remplacer notre bon vieux PC. Celui-ci est nécessaire à beaucoup d’usages, en premier lieu à la création de contenu, ou encore en environnement professionnel.
Nous sommes donc en attente d’une solution nous faisant oublier le système d’exploitation, pour passer directement de nos idées, à la création de documents sur ordinateur. Avec une expérience utilisateur proche de ce que tient désormais lieu de référence.
Réconcilier attentes et solutions
Comme je viens de l’écrire, il existe désormais une attente nouvelle sur l’usage des outils informatiques. Qui dit attente, dit réponse à cette attente. C’est la base de toute notre économie de marché. C’est inéluctable.
Voici donc comment je perçois les évolutions à venir. Nous verrons trois grandes familles coexister :
Les ordinateurs (PC ou Mac) continueront d’exister avec des systèmes d’exploitation complexes tels que nous les connaissons aujourd’hui.
Nous en aurons toujours besoin. Beaucoup de personnes, passionnés, professionnels, ne pourront s’en passer (et c’est d’ailleurs très bien comme ça !). Nous pouvons citer quelques catégories de population dans ce cas :
- les professionnels de l’image, de la vidéo, de la photo
- les gamers
- les développeurs, les techniciens, ingénieurs
- les passionnés, geek, restant attachés à la maitrise complète de leur joujou
- …
Les terminaux nomades ou semi-nomades vont continuer leur développement.
De plus en plus de personnes sont équipées de Smartphone, permettant de rester connectés en permanence, et de tirer un profit maximum des applications et services utilisant la mobilité (photo, géolocalisation, info temps réel et « cyber-journalisme).
En complément, je pense sincèrement que l’iPad et autre tablette, que j’ai appelé ici les terminaux « semi-nomades », vont trouver une place naturelle pour la consommation d’information, de magasines, livres, actu, jeux, avec le confort d’un écran plus grand qu’un Smartphone, et sans la contrainte d’un laptop ou desktop (légèreté, ergonomie, prise en main, autonomie)
Une troisième et nouvelle race : les ordinateurs «simplifiés » ou le « easy-computer »
Je n’ai jamais cru aux netbooks, ces ordinateurs portables peu chers (quoi que…), peu performants, et à l’ergonomie lamentable. Ils sont sensés répondre à un usage nomade, de consultation uniquement, auquel les terminaux « semi-nomades » tel l’iPad vont parfaitement répondre. Je m’étonne d’ailleurs que personne ne ce soit penché sur cette comparaison netbook – iPad. Passons.
Reprenons. Aux usages nomades, les Smartphones. Aux usages semi-nomades (dans le canapé ?, dans l’avion ?) et pour être un « consommateur », les tablettes type iPad. Aux usages de niche ou professionnels, les « ordinateurs classiques ».
Mais comment répondons nous à 80% (plus ?) de la population, voulant un ordinateur (desktop comme laptop, peut importe), permettant de faire plus qu’une tablette (puissance, ergonomie), avec les avantages procurés par l’iPhone (Android, etc…) et sans les inconvénients d’un ordinateur (performance, maintenance, anti-virus, configuration, firewall, drivers, …)
Je vous laisse deviner la réponse…
Imaginons un instant… Je vous demande de vous mettre à la place d’un utilisateur lambda (vos parents par exemple ?). Vous avez ainsi un ordinateur. Suffisamment puissant pour jouer, avec une bonne ergonomie car un grand écran, un vrai clavier. Le démarrage est extrêmement rapide. Pas d’anti-virus, pas de firewall à maintenir. Pas de drivers non plus. A l’écran, des icones, groupées par thème. Un clic sur celles ci (je ne crois pas au tactile pour les ordinateurs, gadget !) et l’application se lance, permettant un accès immédiat au service voulu, ou aux fonctionnalités attendues.
Ajoutons à ceci, un « App Store » (appelez le comme vous voulez). Lorsque je recherche un programme pour une tache précise, je me rends sur cette « place de marché » des applications et je le télécharge. Pas besoin de lancer des recherches interminables sur Google, arriver sur des sites plus ou moins recommandables et enfin me retrouver envahis de malware…
L’iPad et les premières application nous permettent facilement d’imaginer ce que peut être l’expérience utilisateur proposée par un tel ordinateur. Il deviens ainsi très facile pour les grands parents d’accéder aux photos flickR du petit dernier, par exemple (combien vont se reconnaître ?!)
Et l’entreprisse dans tout ça ?
Ne les oublions pas, les entreprises. Ce sont aujourd’hui les principales consommatrices d’ordinateurs.
Quel cauchemar aujourd’hui pour un administrateur d’avoir à gérer un parc, son inventaire, sa maintenance, ses anti-virus, patchs, Policy, profils, applications installées et licences associées, … Plusieurs solutions existent et sont par ailleurs de plus en plus présentes : client léger (Citrix, Windows Terminal Server, …), virtualisation du poste de travail (VMWare ). Mais, pour bien les connaître, ces solutions sont lourdes à mettre en, couteuses, et complexes à exploiter. Les « Network computers » nécessitent quant à eux la mise en place d’infrastructures centralisées fournissant les applications, services, etc…
L’ « Ordinateur Simplifié » est à mes yeux une excellente réponse aux problématiques de gestion de parc informatique.
Imaginez ainsi, fournis avec le système d’exploitation, les outils nécessaires à la télédistribution d’application, à l’inventaire de parc, etc… Plus de configuration complexe non plus à mettre en œuvre pour sécuriser les postes de travail, pour empêcher l’accès à des fonctions interdites. Le cout total de possession (TCO) s’en trouve alors fortement réduit, sans pour autant nécessiter la mise en place d’infrastructures centrales lourdes.
Ce type d’ordinateur à toute sa place en entreprise.
Mais ensuite, Quelles évolutions ?
Vaste sujet, bien plus vaste que ce dont j’ai pu aborder ci-dessus. Nous observons cependant plusieurs tendances nettes :
- l’ordinateur fusionne avec des équipements divers, en masquant toujours plus son système d’exploitation (Andoïd sur des TV, Skype aussi, …) ;
- la possibilité de stockage de l’ensemble de nos données « dans le nuage », ou plus généralement, la dématérialisation des données ;
- le développement de systèmes d’exploitation « Cloud ready » comme Chrome OS, minimaliste, offrant un accès aux web-services.
Je pense que toutes ces solutions vont chacune se développer, répondant ainsi à des usages bien définis. Mais je pense également que quelques grandes tendances persisteront pour les usages dominants.
Ainsi, le « PC simplifié » est à mes yeux l’hypothèse la plus concrète et solide, pour les 10 ans à venir, à minima. Et ce principalement pour deux raisons :
- les particuliers voudrons toujours avoir « sous la main » leurs données. Il ne sont psychologiquement pas prêt à tout stocker « dans le nuage »
- Cet ordinateur rempli également la fonction de serveur familial. Fonction qui est déjà bien présente chez nous geeks mais qui va se généraliser avec l’explosion des équipements conenctés.
- Les entreprises, elles, vont aller vers les terminaux légers, virtualisant les postes de travail puis les applications. Cependant, ces opérations sont très complexes et couteuses. Sur les 10 ans à venir, le PC de bureau à encore un bel avenir. Seul son OS évoluera afin d’être simplifié au maximum.
Voilà , milles excuses pour ce long billet ! J’expose ici mon point de vue. J’ai essayé de baser mon analyse sur une observation des usages et de sortir ainsi des débats passionnés. J’ai également voulus aborder la problématique entreprise, si importante et pourtant si souvent absente des analyses que je peux lire.
Bien entendu, j’aime évoluer dans mes pensées et vos contributions, remarques, critiques, contre argumentation sont les bienvenues !
Update du 4 Aout 2010 – Cet article a été légèrement revue et publié sur le site Owni.fr

EricDelattre.fr


